García Bilbao, Pedro A. (2014): «De la Plainte Argentine, ou Querella argentina, et la réforme de la Justice Universelle», Journees L´avenir de la memoire, Caminar. Coordination nationale d´organisations memorielless des descendants et amis de l´Espagne republicaine, Toulouse, Espace des diversités et de la laïcité, 31 may-1 juin, Toulouse.

Posted on 2014/06/01

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CAMINARIntervención de Pedro A. García Bilbao
(Foro por la memoria de Guadalajara/Federación de Foros)

Texto de la presentación

Versión en castellano / Versión en francés (F.Basquin)

Chers collègues et amis,

Je souhaite en premier lieu vous exprimer ma gratitude pour votre invitation à participer à ces Journées. Je vous prierais aussi de bien vouloir vous montrer bienveillants car mon niveau de français n’est pas aussi bon que je le souhaiterais. Mais pour communiquer, seule compte la volonté de le faire et je sais d’ors et déjà que nous la partageons. J’ai donc confiance en le fait que vous me comprendrez.

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J.A. Alonso «comdt. Robert», Jean Vaz, Pedro A. García Bilbao, Toulouse, 31 de mayo, de 2014, Jornadas Caminar

Aujourd’hui est une date importante. Aujourd’hui vont se conclure des accords de collaboration entre les organisations sociales et citoyennes engagées dans la défense des valeurs républicaines et cela constitue un événement majeur. La lutte pour la mémoire historique de l’exil républicain espagnol n’est pas étrangère aux luttes actuelles engagées pour une société plus juste et solidaire. Elle ne peut ni ne doit être envisagé comme un sujet d’histoire mais bien comme un combat actuel.

En Espagne, dans le cadre de la « Fédération des Forums pour la Mémoire », nous défendons le concept d’une continuité de la mémoire. C’est ce fil conducteur qui unie les différentes luttes sociales à travers les générations. Ce fil qui nous permet de nous reconnaître en ceux qui, il y a longtemps, révèrent d’un autre possible et qui surent construire, à force d’efforts et de sacrifices, les espaces de liberté et de solidarité qui aujourd’hui sont menacés. C’est un fil conducteur essentiel tant il nous aide à nous orienter, à ne pas faire table rase des erreurs du passé et à affronter les problèmes du présent. La mémoire historique est nécessaire pour pouvoir affronter le futur et nous aide à repérer ceux qui n’auraient pas de discours clairs. C’est pour l’ensemble de ces raisons qu’il est indispensable de préserver cette continuité qui unie les générations et de lutter contre ceux qui voudraient la rompre.

Nous ne pouvons pas confondre la lutte mémorialiste avec le travail historiographique. La lutte pour le devoir de mémoire tire son essence de l’engagement citoyen pour les valeurs démocratiques et républicaines qui appartiennent aux seuls citoyens et non aux partis quel qu’ils soient. Il s’agit d’une action citoyenne et responsable. Le travail historiographique est, en revanche, une manifestation des sciences sociales qui chercher à clarifier certains faits du passé à la recherche de leur signification en utilisant pour ce faire une approche et des techniques scientifiques. Mais le travail de mémoire est lié au travail historiographique. Il nous faut avant tout savoir ce qui s’est passé et pourquoi. Il est même essentiel de savoir pourquoi on a menti ou volontairement dissimulé des faits quel qu’ils soient. Nous devons affronter les faits tels qu’ils sont et pour cela la contribution des historiens est fondamentale. Ce n’est pas le seul apport, bien sûr. Et il va de soi que le travail de mémoire n’est pas incompatible avec la rigueur de la recherche.

Je souhaiterais partager avec vous quelques unes des réflexions portant sur le traitement légal des crimes perpétrés durant la dictature franquiste en Espagne.

Il y a trois points sur lesquels je souhaiterais attirer votre attention.

Tout d’abord, les Lois portant sur la mémoire en Espagne, ensuite la Querelle argentine et enfin la réforme de la Justice Universelle.

La Loi de la Mémoire, promulguée durant l’administration socialiste de Rodriguez Zapatero a considéré ce problème sous un angle tout à fait particulier. D’une part, elle ne considérait pas illégal le régime franquiste et d’autre part, elle continuait à considérer comme étant légaux les Tribunaux Militaires et les sentences par eux prononcés. Les victimes n’avaient pas le droit de demander réparation pour les préjudices subis. Il ne s’agit pas ici d’une opinion personnelle mais d’un fait avéré.

Nous appelons Querelle Argentine le procès engagé en Argentine par les victimes du franquisme qui se sont vus dans l’impossibilité d’engager une procédure en Espagne. Ce procès a entraîné plusieurs demandes d’extradition, notamment à l’encontre de la police politique du régime. Toute les demandes ont été rejetées. Quelle fut la cause de ces rejets ? Elle est simple. En Espagne n’est pas considéré comme un délit le fait d’avoir appartenu à la Brigade Politico Sociale, la police politique du régime. Le régime franquiste est considéré comme légal et il existe une continuité en ce qui concerne certains aspects fondamentaux. Pour lesquels ? En premier lieu pour la façon dont sont considérées les victimes. Elles étaient coupables aux yeux des lois antidémocratiques de l’époque et elles continuent de l’être pour l’Etat espagnol actuel. En second lieu, la Loi d’Amnistie de 1977 a exonéré de toute culpabilité les prisonniers politiques alors détenus mais surtout l’ensemble du Régime lui-même et ses fonctionnaires. Cette loi permet d’expliquer pourquoi les demandes d’extradition n’ont pas abouti. C’est un fait avéré.

Récemment le gouvernement du Parti Populaire a obtenu un changement dans l’approche de la Justice Universelle. L’Espagne a volontairement limité sa volonté de poursuivre les crimes contre l’humanité. L’explication politique d’un tel changement est qu’il n’était pas conforme à la procédure de juger par exemple en Espagne le Président de Chine pour des crimes perpétrés au Tibet. L’implication directe de ce changement légal a été la mise en liberté de 45 narcotrafiquants détenus en application de la Justice Universelle. Il existe une importante polémique dans les milieux judiciaires et politiques espagnols à propos de cette mesure polémique.

Quelle a été la raison d’un tel changement ?

Permettez moi d’émettre ici une hypothèse.

Parmi les procès annulés figure celui impliquant plusieurs officiers SS du Troisième Reich présents dans les camps de concentrations allemands. Il y a trois ans on a détecté la présence aux Etats-Unis de plusieurs nazis résidant sur le territoire sous une fausse identité. Ils furent identifiés et ont fait l’objet de poursuites. Il a pu alors être démontré qu’ils avaient participé à la déportation et à l’extermination de sept mille espagnols et ils furent traduits en justice. Durant deux mois la Cour a attendu une demande d’extradition du gouvernement espagnol qui n’est jamais arrivée.

Ce changement légal va empêcher que n’ait lieu le procès.

Quelles en sont les raisons ? Et bien j’ose ici affirmer que le changement de cadre légal n’a pas été provoqué par le cas du président chinois mais par la ligne de défense de ces anciens nazis. Le gouvernement de Franco a retiré la nationalité espagnole aux déportés. Les avocats des officiers nazis allaient opposer une fois les prévenus extradés à Madrid que la cour était incompétente, les victimes n’étant pas espagnoles ; car c’est ce que le gouvernement de l’époque avait déclaré.

Le ministère publique et les tribunaux espagnols devraient prendre position sur le sujet et déclarer si ils reconnaissent ou pas une légitimité à la loi franquiste. Sincèrement je pense que c’est la cause de ce changement de cadre légal. Ils refusent de prendre cette décision.

J’ai préparé un article dans lequel ces sujets sont développés plus avant. Mon intention aujourd’hui était d’exposer quelques unes des contradictions auxquelles nous nous opposons en Espagne autour de ce sujet. Je crois que je peux d’ors et déjà tirer une conclusion : En Espagne la mémoire n’est pas un problème historiographique, c’est bel est bien un problème politique.

Je reste à votre disposition pour répondre à vos questions. Merci de votre attention.